Flagship species : ces animaux emblématiques de la protection de la nature

[un billet de Sébastien Vannoorbeeck]

Dans un précédent article, nous te parlions du cute effect et de la 6e extinction de masse actuellement en cours. Sur la même thématique, nous allons aujourd’hui te parler des flagship species, qu’on traduira en français par « espèces porte-drapeaux ».

Le concept d’espèce porte-drapeau est un concept utilisé en biologie de la conservation. Il consiste à mettre en lumière une espèce particulière, de préférence charismatique, pour attirer l’attention du grand public sur un problème de conservation de la nature.

Tu as certainement des exemples en tête : le panda,  emblême du WWF et carrément devenu synonyme de protection de l’environnement, ou bien l’ours polaire, symbole de la lutte contre le réchauffement global, mais aussi l’éléphant ou le rhinocéros, emblématique de la lutte contre le braconnage de la mégafaune africaine. Ou bien l’orang-outang, qui nous rappelle les menaces que la culture de l’huile de palme fait peser sur la jungle indonésienne.

Symbole de la déforestation de la jungle indonésienne, l’orang-outan bénéficie d’un gros capital sympathie. photo : Tony Hisgett

Pourquoi une espèce et pas une autre ?

Avant tout, il faut que cette espèce soit charismatique, qu’elle attire la sympathie du public. Ainsi, on a plus de chance de faire se transformer en porte-drapeau une espèce de grand mammifère qu’un reptile style crocodile. Cela n’a toutefois pas empêché la tortue marine de devenir emblématique de la lutte contre la pollution des océans par les sacs plastiques.

Le crocodile du Siam. Bien qu’en danger critique d’extinction, il suscite peu d’empathie de la part du grand public… photo : Joxerra Aihartza

Ensuite, dans la plupart des cas, c’est une espèce qui a une particularité biologique. C’est le cas du panda qui, outre l’aspect mignon, a la caractéristique d’avoir 6 doigts.

Parfois aussi, il y a une dimension symbolique ou mythologique. C’est le cas, par exemple, de l’aigle qui apparaît sur le drapeau mexicain : il fait partie de la légende de la fondation de la ville de Mexico (là où les Aztèques verraient un aigle tenant un serpent se poser sur un cactus, ils devraient fonder leur capitale). C’est également le cas du pélican brun, animal totémique de la Louisiane (il est d’ailleurs représenté sur le drapeau de cet état américain) : lorsque la marée noire dans le golfe du Mexique a touché la Louisiane, l’image d’un pélican englué dans le pétrole a vite fait le tour du web qui pourtant regorge d’images d’animaux marins mazoutés.

La photo de ce pélican mazouté a fait le tour de la toile lors de la marée noire de 2010 dans le Golfe du Mexique. © REUTERS | Jose Luis Magana

Et c’est efficace ?

C’est surtout d’un point de vue ‘marketing’ que c’est redoutablement efficace : ça permet d’attirer l’attention du grand public sur un problème environnemental, de lancer une campagne, d’imprimer des tshirts, de vendre des peluches, de récolter des fonds.

En terme de protection de la biodiversité, par contre, c’est bien sûr moins efficace, et pour cause : quel sens pourrait avoir la protection des orangs-outangs sans protection de la jungle équatoriale dans laquelle ils vivent ?

Au final, est-ce que c’est mauvais d’utiliser une espèce porte-drapeau pour défendre une cause ? Il n’est pas évident de répondre à cette question. Non, dans la mesure où ça permet de sensibiliser le public et de récolter des fonds. Oui si ces fonds ne sont utilisés qu’à sauver cette seule espèce dont la disparition impacterait peu son écosystème : on aurait pu mettre ces moyens à sauver d’autres espèces dont la disparition entraîne l’effondrement total de ces écosystèmes (genre le corail). Allez, on revient bientôt te parler d’espèce-parapluie (hop, transition !) …😉

Suite au prochain épisode !