Le jour où… la contraception orale a révolutionné le monde

[par Nicolas Lambiotte]

15 octobre 1951, le jour où…

LA CONTRACEPTION ORALE A RÉVOLUTIONNÉ LE MONDE

Pas plus tard que ce matin, en écoutant la radio, je me rendais compte qu’ils ne sont pas si loin, ces temps barbares où les femmes n’avaient aucun droit sur leur propre corps. Pas si loin le temps où, dans toutes les catégories sociales, elles mouraient dans d’atroces conditions d’avoir voulu pratiquer une IVG (interruption volontaire de grossesse) clandestine. En se perforant l’utérus avec une baleine de parapluie, par exemple.

Ils ne sont pas si loin, ces temps où le Docteur Willy Peers pratiquait illégalement l’avortement. Le 16 janvier 1973, il fut arrêté et écroué à la prison de Dinant. C’est une campagne de solidarité qui lui a valu d’être libéré. En quelques jours, de nombreux comités de soutien se sont mis en place spontanément et le sujet a pris une ampleur nationale très rapidement. Comme quoi il y a encore de l’espoir…

Ils ne sont pas si loin, ces temps, car, aujourd’hui, nous pouvons voir apparaître des signes de plus en plus nombreux de retour en arrière : des états qui remettent en cause le droit à l’avortement ou le limitent très fortement, des discours qui se radicalisent, des conservateurs « décomplexés » (lol) qui pointent le bout de leur nez… Et ce ne sont pas les (très) timides relâchements dans les discours de certaines églises majeures qui vont changer la donne.

Avons-nous oublié que la contraception à la portée de toutes ne date que d’hier ? Va-t-on la remettre en cause, elle aussi ? En France, la contraception n’a été autorisée qu’en 1967, par une loi accueillie sous les huées d’une bonne partie de l’assemblée nationale. En Belgique, l’avortement n’a été dépénalisé qu’en 1990. Pas autorisé, hein !, dépénalisé, c’est-à-dire que l’on a enlevé les sanctions pénales qui y étaient associées, mais que la loi ne l’autorise pas pour autant !

« Mais vous mélangez tout : l’avortement et la contraception, ça n’a rien à voir ! », me direz-vous. Vous auriez raison si vous me disiez que « ce n’est pas du tout la même chose ». Mais ce sont deux thèmes qui ont beaucoup de choses à voir, justement.

Historiquement, le combat pour les droits à l’un et à l’autre sont liés. La maîtrise de son corps, la différenciation entre sexualité et procréation, le droit des femmes à disposer de leur corps… autant de lieux où ces deux thèmes se croisent.

Alors, du point de vue scientifique, nous avons choisi un jour en particulier à mettre en avant, comme symbole de cette marche en avant de l’histoire :

Luis_E_Miramontes

le 15 octobre 1951, Luis Miramontes, un jeune mexicain de 26 ans, synthétise la noréthistérone.

Elle deviendra le composé actif des premières pilules contraceptives.

Ce jour-là, un grand nombre de femmes ont gagné, sans le savoir encore, une liberté nouvelle. Nos sociétés (pas le monde entier, malheureusement) commençaient alors à s’éveiller à une évolution nouvelle, une tendance à mettre tous les êtres humains sur le même pied, qu’ils soient hommes ou qu’elles soient femmes. Un vent nouveau se levait : notre corps nous appartiendrait, notre sexualité serait délivrée.

Dans un monde qui fait marche arrière, si l’on ne veut pas qu’un jour il marche sur la tête, souvenons-nous.