Retour sur la mission Rosetta

[par Olivier Brasseur]
La mission Rosetta a pris fin le 30 septembre dernier. L’orbiter a été précipité sur la comète Churyumov-Gerasimenko et s’y est écrasé. Présentée dans la presse comme un demi-échec, cette mission est, au contraire, un vrai succès scientifique et un exploit technique.

 

Cette mission a en fait débuté au début des années 90. La sonde a été lancée en 2004 et le contact avec la comète a eu lieu le 12 novembre 2014, après 10 ans de voyage à travers notre système solaire. La sonde a largué le petit robot, Philae, qui s’est posé sur la comète et y a effectué une série de mesures.

 

Quels étaient les enjeux et les défis de cette mission ?

Petit rappel : une comète est un astre en orbite autour du Soleil et est composée en grande partie de glace d’eau. Son orbite est très elliptique et décentrée. Ceci amène la comète à passer régulièrement à proximité du Soleil. La glace qui la compose passe alors directement à l’état gazeux (on dit qu’elle se sublime). La quantité d’eau ainsi vaporisée dans l’espace est de l’ordre de plusieurs tonnes par seconde, ce qui explique en partie la traînée laissée par la comète. Les scientifiques pensent depuis longtemps que les comètes pourraient avoir joué un rôle lors de la formation du système solaire et dans le développement de la vie. Les collisions de ces comètes avec les planètes leur auraient apporté de l’eau, mais aussi des composés organiques essentiels au développement de la vie. Voilà pour deux hypothèses parmi tant d’autres.

 

Hypothèse 1 : l’eau sur Terre provient des comètes.

L’idée était ici, entre autres, de vérifier que l’eau présente sur la comète à une composition compatible avec celle que l’on retrouve dans les océans terrestres. Il fallait pour cela comparer le ratio deutérium*/hydrogène entre l’eau qui compose la comète et l’eau qui compose les océans, ce qui a été fait. Résultat : le ratio est trois fois supérieur à celui mesuré dans l’eau des océans terrestres. À ce jour, seule une comète possède un ratio deutérium/hydrogène compatible. Les scientifiques pensent donc de plus en plus que l’eau terrestre aurait plutôt une origine météoritique.

 

Hypothèse 2 : les comètes sont à l’origine de la vie sur Terre.

Quant aux molécules organiques, certaines d’entre elles existent sous deux formes «jumelles», deux éniantiomères identiques chacun à leur image vue dans un miroir. Seule une des deux formes, dite lévogyre, est présente dans la matière organique sur Terre. Ici aussi, l’étude des échantillons prélevés sur la comète “Tchouri” et contenant de la matière organique permettra peut être de confirmer ou non l’hypothèse de l’origine cométaire de la vie sur notre planète. Il faudrait pour cela que les mesures montrent une prédominance des formes de molécules lévogyres sur les dextrogyres … à suivre donc.

 

Un exploit technique

Enfin, un des principaux défis techniques de cette mission était d’arriver à poser Philae, un robot d’une masse de 100 kg, sur une petite comète où la gravité vaut 1/100 000ème de la gravité terrestre. Le moindre petit ricochet malencontreux et Philae était perdu dans les confins de l’espace. Même si Philae ne s’est pas ancré sur la comète comme prévu et s’est posé, après quelques rebonds, à 1 km environ de l’endroit prévu, c’est une prouesse technique incroyable. C’est en effet la première fois que des échantillons ont pu être prélevés directement sur la comète. Précédemment, la sonde Stardust avait déjà recueilli des particules dans la queue de la comète 81P/Wild et DeepImpact, en 2005, avait largué un impacteur sur la comète Tempel 1 pour analyser les projections de l’impact.

 

Lexique

* Deutérium ? Kesako ? C’est un isotope instable de l’hydrogène : il est est deux fois plus lourd. Certains molécules d’eau, sont formées par l’assemblage de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène. Une certaine proportion des atomes d’hydrogène sont en fait des atomes de deutérium.

 

Pour en savoir plus :