Faut-il être un homme pour être une grande scientifique ?

iStock_000022390293XLargePourquoi les filles ne sont-elles pas plus nombreuses dans les sections mathématiques, physique, informatique et ingénieur, ces sections socialement valorisées et financièrement rentables ? Pourquoi les filles s’inscrivent-elles plutôt en médecine, droit, psycho et lettres ?

C’est là toute la question qui nous intéresse dans ce dossier.

Un dossier préparé par Astrid van Rijsen, coordinatrice pédagogique
Première parution : Ébullisciences n˚347, avril-mai 2013


Coup d’œil dans le rétro

Instruire les filles ? Mais enfin … elles doivent juste savoir manier la serpillère, faire des enfants et préparer le dîner de leur mari, non ?
Cela te fait sourire ? Pourtant, jusqu’au milieu du 20e siècle, le rôle de la femme dans notre société s’est limité à la sphère domestique, les tâches ménagères et les soins aux enfants ! Il n’était donc pas utile de l’instruire !

Si, au Moyen-Âge, dans nos régions, l’instruction est entièrement aux mains de l’Église et strictement réservée aux garçons, au 17e s., les filles — pour autant qu’elles soient nanties — bénéficient de la Réforme des protestants pour recevoir un peu d’instruction. Toutefois, par rapport aux garçons, les filles reçoivent alors une instruction limitée à l’instruction religieuse, l’alphabétisation et les « travaux d’aiguille ».

À la suite de la Révolution française, la condition des femmes face à l’instruction ne s’améliore guère. On la voit avant tout comme une mère virtuelle, confinée à l’espace privé alors que l’homme est considéré comme un citoyen, dévolu à l’espace public.

En 1794, des écoles secondaires apparaissent qui permettent à des élèves de 12 à 18 ans de recevoir l’enseignement d’une dizaine de matières, à la carte. Mais ces écoles sont à destination des seuls garçons …

De futures mères au foyer

En 1806, le régime hollandais, protestant, généralise l’inspection scolaire et crée des écoles normales pour la formation des professeurs. Mais, toujours, pour l’instruction des garçons.

À partir de 1842, les écoles normales pour instituteurs voient le jour. Les garçons ont alors accès à un enseignement primaire et secondaire qui leur permet de suivre des humanités complètes. Quant aux filles, elles peuvent suivre un enseignement secondaire limité et superficiel.

Avant tout, la fille doit être préparée à son travail de future mère de famille et de femme au foyer. L’enseignement ménager doit donc occuper une place importante dans son instruction.

En 1864, en Belgique, Isabelle Gatti de Gamond, pédagogue et féministe, fonde un enseignement secondaire féminin proche de celui des garçons, avec un programme éducatif complet pour l’enseignement secondaire inférieur. Mais elle est alors injuriée et victime de quolibets.

L’année suivante, la première école professionnelle pour filles est créée à Bruxelles (l’École Bischoffsheim). La première école normale de l’État, formant les institutrices, voit le jour à Liège en 1874.

Les écoles secondaires inférieures s’adressent avant tout aux jeunes filles de la bourgeoisie libérale. Les jeunes filles de milieux moins favorisés peuvent fréquenter l’école primaire et son quatrième degré, ainsi que les différentes formes d’enseignement technique et professionnel de l’époque.

Jusqu’à la Première guerre mondiale, l’État n’organise pour les filles que des écoles secondaires inférieures. L’enseignement secondaire des filles est donc plus court que celui des garçons et comprend moins d’heures hebdomadaires. Elles n’ont pas accès à toutes les disciplines (elles étaient privées de grec, de latin et de philosophie, les matières nobles de l’époque, nécessaires à la formation des élites sociales et professionnelles) et certains programmes, comme celui de mathématiques et de physique sont allégés par rapport à celui des garçons. Leur enseignement reste principalement littéraire et ménager.

Le 19e siècle pénalise largement les filles en rendant leurs connaissances sommaires et en stimulant peu leur intelligence, ce qui fait croire à l’époque qu’elles sont intellectuellement inférieures aux garçons.

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À l’école, Fernande, Félicie et Léonore auront appris tout ce qu’elles doivent savoir pour être de bonnes épouses et mères au foyer, grâce, notament, au cours de repassage…

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Photo et imp. J.Blanc ; Lyon
Photo et imp. J.Blanc ; Lyon

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Après l’école primaire, Firmin, Théophile et Honoré pourront suivre des études secondaires puis supérieures pour devenir médecin, avocat ou ingénieur des mines…

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♦ La mixité : objectif égalité filles-garçons ?

La mixité n’a pas été instaurée pour des motifs égalitaristes. Elle ne sera reconnue que plus tard comme ayant une finalité égalitaire entre les filles et les garçons, leur assurant ainsi une égalité de chance de réussite scolaire.

Néanmoins, l’enseignement reste un secteur dans lequel les fonctions traditionnellement dévolues aux femmes restent très stéréotypées. Certains niveaux d’études (maths fortes ou sciences fortes), certaines disciplines (les maths, la technologie, la plomberie …) et certains secteurs (la menuiserie, le bâtiment) restent des bastions masculins, ce qui est de nature à limiter la liberté de choix des filles.

La mixité a été une bonne chose pour les filles dans l’apprentissage de certaines disciplines, telles que les mathématiques, par exemple. Les professeurs de mathématiques estimant que l’apprentissage de cette discipline convient mieux aux garçons, rendaient leur enseignement plus exigeant dans les classes de garçons que dans les classes de filles. Une fois les classes devenues mixtes, les filles ont profité du niveau d’exigence habituellement réservé aux garçons. Il apparaît, en effet, que le score des filles fréquentant des classes mixtes est significativement supérieur à celui des filles qui se retrouvent dans des classes non mixtes.♦

Grâce aux pionnières …

La deuxième moitié du 19e siècle permet à quelques rares pionnières d’accéder à l’enseignement supérieur. Elles sont particulièrement méritantes car obligées de suivre des cours particuliers pour passer le jury central et pouvoir accéder aux études supérieures. Cet accès était donc réservé à une élite sociale. C’est ainsi qu’après de nombreux combats, elles accèdent à des postes tels que femme-médecin, avocate ou professeur-titulaire dans une université, comme Marie Curie à la Sorbonne, en 1906.

En Belgique, les universités de Bruxelles, Liège et Gand ne s’ouvrent aux femmes qu’en 1880 (et il faudra attendre 1920 pour que Louvain fasse de même).

Cet accès aux études n’est pour autant pas synonyme d’accès professionnel : en 1888, Marie Popelin, pourtant juriste, se voit interdire l’inscription au barreau, à cause de sa « nature » féminine. Cette affaire fut à l’origine de la création, par Popelin et son avocat, de la Ligue belge du Droit des Femmes, en 1892. Il faudra attendre 1922 pour qu’une loi accorde aux femmes le droit de s’inscrire au barreau. Mais le combat n’est pas gagné car il faut attendre février 1948 pour que les femmes aient accès à la magistrature, et mars 1950 pour l’accès au notariat.

À l’aube du 20e siècle, la situation des filles s’améliore tout doucement mais elles n’ont toujours pas accès à un cycle secondaire complet. Après la Première Guerre mondiale, certains métiers deviennent plus accessibles aux femmes : le nombre d’avocates augmente sensiblement alors que l’accès des femmes-médecins est plus lent. Les femmes sont bien représentées dans les facultés de lettres. Le métier d’ingénieur, quant à lui, reste un bastion masculin.

C’est surtout après la Deuxième Guerre mondiale que de profondes mutations s’observent dans la société. C’est aussi l’époque où est revendiquée la coéducation (le fait d’être éduqué ensemble) des filles et des garçons à tous les niveaux.

Le 1er septembre 1970, la mixité devient obligatoire dans l’enseignement officiel, ouvrant ainsi la voie aux mêmes enseignements pour les filles et les garçons. Néanmoins, dans les filières techniques et professionnelles, certaines sections restent très « sexuées », tout en étant, dès 1978, officiellement accessibles aux deux sexes.

… enfin un enseignement égalitaire

La fin du 20e s. permet aux filles d’accéder massivement à toutes les filières du supérieur, avec de meilleurs résultats et moins de retard que les garçons. L’arrivée massive des filles à l’école et leur meilleure réussite a déplacé les enjeux, leur permettant d’avoir un meilleur accès au monde du travail. Leur place dans la société s’en trouve ainsi changée.

Néanmoins, cette belle avancée ne leur a pas encore permis d’investir certains bastions scolairement et socialement prestigieux, telles certaines filières scientifiques, comme les études et les métiers d’ingénieur, ni d’obtenir un salaire égal à travail égal. En Europe, aujourd’hui, les femmes gagnent 18% de moins que les hommes et restent sous-représentées au sein des fonctions les plus prestigieuses.

EN BREF

Cela fait quarante ans que les écoles sont mixtes et certaines filières d’études, ainsi que certains emplois, restent résolument l’apanage des garçons.

La sociologue française, Nicole Mosconi, estime que la division sexuelle des savoirs n’a pas disparu mais qu’elle s’est plutôt modernisée. Les humanités classiques ont perdu de leur prestige lorsque que les hommes les ont abandonnées aux femmes, au profit des savoirs scientifiques qu’ils se réservent plus ou moins. Elle estime que les hommes entendent préserver leur dominance en se réservant certains savoirs.


Coup d’œil dans le microscope, le scanner, l’IRM et tutti quanti

iStock_000013321571LargeOui, mais c’est normal que les filles, elles fassent pas de sciences… Elles n’ont pas le cerveau pour !
Elles ont un plus petit cerveau que les hommes.
Et puis, elles ne savent pas bien s’orienter, elles sont émotives … Alors que les hommes sont compétitifs et se repèrent bien dans l’espace.

Qu’en est-il réellement ? Y a-t-il véritablement des différences anatomiques et physiologiques qui justifient qu’on prétende que les femmes et les hommes ont des capacités intellectuelles différentes ?

Espèce de cerveau droit, va !

Cette théorie qui consacre chaque hémisphère cérébral à quelques fonctions spécifiques a creusé son lit dans les années 1970. On dit ainsi que le cerveau est latéralisé, sous-entendant que chaque hémisphère joue un rôle bien particulier. L’hémisphère gauche serait dévolu au langage et à la pensée rationnelle et le droit, à la représentation de l’espace et des émotions. Certaines recherches menées par des neurologues américains auraient montré que les hommes et les femmes n’utilisaient pas leurs deux hémisphères de la même façon. Les femmes auraient un hémisphère gauche plus performant, ce qui les rendrait douées pour le langage, alors que les hommes s’orienteraient plus facilement dans l’espace grâce à un cerveau droit dominant.

Cette théorie des deux cerveaux, qui suggère une représentation bipolaire du monde, a séduit le grand public par sa simplicité et parce qu’elle permettait, soi-disant, de démontrer un fonctionnement cérébral différent entre les hommes et les femmes.

Cette vision est beaucoup trop simpliste et les nouvelles données de l’imagerie médicale nous révèlent que les deux hémisphères fonctionnent souvent ensemble et sont en communication permanente. Ces techniques d’imagerie médicale ont d’ailleurs permis de mettre en évidence l’immense variété des circuits neuronaux utilisés pour parler, écrire, compter, … mais a aussi permis de démontrer la grande variabilité individuelle dans la façon d’organiser ses pensées et d’activer ses neurones. Cette variabilité individuelle est tellement importante qu’il est rare de détecter des différences de fonctionnement cérébral entre les sexes. Sur plus d’un millier d’études d’imagerie cérébrale, seules quelques dizaines ont montré des différences entre hommes et femmes. Mais ce sont toujours celles-là dont on parle !

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Les progrès de l’imagerie médicale nous montre aujourd’hui que les 2 hémisphères fonctionnent ensemble.

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Il est pas gros, mon corps calleux ?

Une autre idée indéracinable est celle qui dit que les femmes ont un cerveau moins latéralisé que les hommes car elles possèderaient un corps calleux plus épais. Le corps calleux est ce faisceau de quelque 200 millions de fibres nerveuses qui relie les deux hémisphères cérébraux. Cette idée date des années 1980. Les femmes auraient ainsi plus de facilités à utiliser leurs deux hémisphères en même temps. Certains auteurs se sont alors dépêchés de conclure que la femme pouvait mener à bien plusieurs tâches à la fois alors que l’homme n’était capable de n’en mener qu’une seule.

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Le corps calleux est un faisceau de fibres nerveuses reliant les 2 hémisphères cérébraux. Une étude prétendait que celui des femmes, plus épais, leur permettaient d’être davantage multitâches.

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Cette recherche des années 1980 n’a été menée que sur neuf cerveaux d’homme et cinq cerveaux de femme. Il a suffi qu’elle soit relayée par un célèbre animateur américain de télévision pour que, pour de nombreuses personnes, le corps calleux devienne le siège de l’intuition féminine et permette à la femme d’accomplir plusieurs tâches à la fois.

Or, en 1906 déjà, Robert Bean, un médecin américain, prétendait, lui, l’inverse, c’est-à-dire que les hommes avaient un corps calleux plus épais. Il en a déduit une supériorité intellectuelle des hommes blancs sur les noirs et sur les femmes.

Depuis ces années 1980, de nombreuses recherches ont été menées sur le corps calleux et il en ressort, dans une synthèse de 1997, qu’aucune différence statistiquement significative d’épaisseur n’a été observée entre les hommes et les femmes. Mais, paradoxalement, c’est toujours des vieilles études dont on parle ! 

Les mecs ont la grosse tête …

Les neurologues de la fin du 19e siècle étaient persuadés que le cerveau des hommes était plus gros que celui des femmes. (Ils croyaient aussi que le cerveau des blancs était plus volumineux que celui des noirs, et celui des patrons plus gros que celui des ouvriers !)

Le médecin français Paul Broca a mesuré, dans les années 1860, le volume et le poids de cerveaux de cadavres et en a conclu que les femmes avaient un plus petit cerveau que les hommes. Par contre, il n’a pas jugé nécessaire de prendre en compte la carrure de l’individu dont il pesait le cerveau car il était animé du parti pris que les femmes sont de toute façon un peu moins intelligentes que les hommes. Il communique alors ses résultats en concluant que la petitesse du cerveau des femmes est à l’origine de leur moindre intelligence. Or on savait déjà à cette époque que le volume du cerveau était variable d’un individu à l’autre.

Pour prendre des exemples un peu plus récents, les deux écrivains, Anatole France et Ivan Tourgueniev, avaient respectivement un cerveau pesant 1 kg et un cerveau de 2 kg ! Et Albert Einstein avait un cerveau de 10% plus petit que la moyenne.

De la même façon qu’un gros corps calleux ne préjuge pas de plus grandes aptitudes, le volume  important du cerveau ne présage pas non plus d’une plus grande intelligence. C’est bien plutôt la qualité des connexions neuronales qui prime sur la quantité.

Orientation : peut mieux faire mais bavarde en classe

Il est généralement admis que les femmes excellent dans les activités langagières et que les hommes sont meilleurs qu’elles en orientation. Une interprétation très amusante de cette capacité innée des hommes à s’orienter dans l’espace est celle qui a trait aux temps préhistoriques. L’homme aurait développé des compétences particulières pour s’orienter parce qu’il partait à la chasse pour ramener de quoi manger à la femme qui restait dans la caverne auprès des enfants. Les spécialistes de la préhistoire s’insurgent contre cette interprétation car ils ne disposent d’aucun document (fossiles, peintures rupestres, sépultures,…) qui leur permettent de connaître la façon dont les sociétés paléolithiques s’organisaient.

Si on compare avec l’organisation des sociétés traditionnelles actuelles, en Afrique par exemple, on peut montrer que les femmes parcourent de longs trajets pour collecter l’eau et la nourriture végétale, dans des paysages qui nécessitent de pouvoir se repérer correctement dans l’espace.

Alors, qu’en est-il réellement ? Différentes recherches ont été menées pour essayer de détecter des différences dans les aptitudes d’orientation spatiale entre les hommes et les femmes.

Repérage du chemin dans un labyrinthe virtuel

Dans une recherche, menée par des neurologues allemands de l’université d’Ulm, on a remarqué des différences d’utilisation de certaines zones cérébrales, entre les hommes et les femmes, lors d’une tâche de repérage du chemin dans un labyrinthe virtuel. Ces différences peuvent s’expliquer par l’utilisation de stratégies différentes par les unes et les autres. Ainsi, les femmes se basent sur des indices présents sur le parcours alors que les hommes utilisent une représentation plus globale de ce parcours.

Une autre recherche a réparti les participants en deux groupes, en fonction de la stratégie choisie (indices sur le parcours ou dimension globale). Ils ont alors observé qu’il y avait autant de femmes que d’hommes dans les deux groupes. Les tests ont été répétés et les chercheurs ont pu observer que les individus qui avaient d’abord choisi la stratégie globale l’abandonnaient au profit de la stratégie des indices, qui s’avère plus performante. Dans le même temps, les activations cérébrales changeaient de zone. Cette dernière recherche nous montre combien le cerveau peut s’adapter en fonction de l’apprentissage et que cette adaptation est surtout fonction de l’individu et non du sexe.

Langage et orientation

De nombreux travaux ont été menés par différentes équipes de chercheurs en psychologie sur le langage et l’orientation dans l’espace. Les différences mises en évidence entre les femmes et les hommes sont plutôt maigres et ne concernent que deux types très précis d’expériences, à savoir le débit du langage et la rotation en trois dimensions. Non seulement les différences sont faibles mais, en plus, la dispersion des valeurs (autour de la moyenne, on obtient des résultats très étalés, aussi bien très bons que très mauvais) est telle qu’on trouve un nombre non négligeable de femmes qui sont meilleures dans les tests des hommes et réciproquement.

De plus, dès qu’on donne l’occasion aux personnes de s’entraîner, les différences  disparaissent.

L’entraînement, la gonflette du cerveau

La plasticité cérébrale est cette capacité du cerveau à développer ses circuits neuronaux, à les transformer en fonction de l’activité exercée. On peut observer, chez un violoniste professionnel, que la zone du cerveau qui contrôle sa main gauche (qui forme les sons sur le manche du violon) est beaucoup plus développée que celle qui contrôle sa main droite (qui tient seulement l’archet). Ce développement n’est pas aussi spectaculaire chez un violoniste débutant.

On peut dès lors dire que chaque expérience vécue par une personne forge ses circuits neuronaux, en les développant plus particulièrement en fonction de l’assiduité avec laquelle l’activité est exercée.

La petite enfance est le moment pendant lequel le cerveau est le plus malléable. Chaque expérience, chaque activité va permettre à l’enfant de développer de nouveaux circuits et de les renforcer au fur et à mesure du temps passé à exercer cette activité. Cette plasticité s’exerce aussi bien pour des aptitudes physiques qu’intellectuelles.

Mais les adultes peuvent aussi développer de nouvelles aptitudes ou en améliorer d’anciennes, en fonction des besoins de leur vie quotidienne. De nombreuses recherches montrent que même si des différences d’aptitudes existaient au départ entre les hommes et les femmes, l’entraînement permettait de les diminuer, voire de les annuler. Par contre, si la fonction n’est plus sollicitée, le réseau neuronal concerné s’affaiblit. La plasticité cérébrale est donc une fonction réversible.

En bref

Il est difficile de combattre des idées reçues. Malgré les nombreuses études sérieuses qui ont été menées ces vingt dernières années et les progrès de l’imagerie médicale, certains défendent toujours l’idée que les différences intellectuelles entre les sexes sont des faits biologiques, intangibles, prédéterminés, câblés dès la naissance.
La quasi totalité des « preuves » qu’il y a des différences entre les sexes dans le cerveau proviennent d’études réalisées sur des hommes et des femmes adultes. Qui peut affirmer que ces différences sont dues à la nature et non à l’apprentissage ? 


Coup d’œil dans les photos de classe et les albums de famille

Si ce n’est pas à cause de leur cerveau, alors pourquoi les filles ne font-elles pas de sciences ?
Qu’est-ce qui explique les différences observées dans les apprentissages de certaines matières à l’école entre les filles et les garçons ?
Comment expliquer les différences d’orientation entre les genres dans le supérieur et dans le choix d’un métier ?

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*** Très tôt, les jeux, les jouets, même l’attitude des adultes à l’égard des enfants, sont différents pour les filles et les garçons. Très tôt, donc, les enfants se conforment aux attentes des adultes. ***

Et comment je deviens une petite fille  ?

Depuis sa naissance, un enfant suit différentes étapes pour se construire comme un garçon ou une fille de sa culture.

Vers 5-7 ans, il a intégré qu’il est de sexe masculin ou féminin et comprend que le sexe est déterminé biologiquement et qu’il est stable à travers les situations et le temps.

Avant 5 ans, l’enfant utilise des critères socioculturels pour déterminer si la personne à laquelle il a affaire est un garçon ou une fille : la longueur des cheveux, les vêtements, l’activité à laquelle la personne s’adonne, avec quoi elle joue …

Ces connaissances en matière d’objets et de rôles sexués s’acquièrent très tôt dans le développement puisque, dès vingt mois, les enfants expriment déjà des préférences typiques de leur propre sexe en matière de jouets. Dès 2-3 ans, ils ont déjà adopté les comportements et attributs de leur sexe et ont de bonnes connaissances des activités, professions, comportements et apparences stéréotypiquement dévolus à chaque sexe. Dès 3 ans, et cela augmente entre 3 et 5 ans, les enfants sont très conscients que les adultes se comportent différemment en fonction du sexe de l’enfant. Et avant que cette construction identitaire soit bien intégrée, l’enfant sera très sensible au respect des activités sexuées et estimera comme inacceptable une violation de ces rôles de sexe. Plus tard, il deviendra plus souple par rapport à ces rôles sexués mais l’adolescence le fera repasser par une période plus rigide. L’âge adulte verra alors une certaine flexibilité s’installer face au respect des rôles de chaque sexe.

Les connaissances acquises par les enfants sur leur sexe relèvent de l’observation des personnes qui les entourent (parents, personnels des crèches et des écoles, famille…) mais aussi des nombreux médiateurs auxquels ils ont accès dès leur plus jeune âge et qui leur offrent des représentations sexuées du monde dans lequel ils vivent : jouets, publicités, livres,…

Tu seras un homme, mon fils !

La construction de l’identité sexuée de l’enfant commence bien avant la naissance, dans la tête de ses parents qui vont accorder une importance plus ou moins grande au sexe de l’enfant. Les parents, qui possèdent leurs propres représentations des rôles de sexe et leurs propres attentes relatives à ces rôles, vont créer un environnement physique spécifique selon le sexe de l’enfant (décoration de la chambre, habillement, jouets,…) et vont interagir avec lui en fonction de ces représentations (pratiques éducatives, jeux, langage…).

Dès les premiers jours de vie de l’enfant, les parents vont se comporter différemment suivant son sexe. Les interactions d’une mère seront différentes de celles du père, en fonction du sexe de l’enfant mais également s’il y a des frères et des sœurs dans la famille.

Certains psychologues estiment que le père est le principal agent de la socialisation différenciée entre les enfants garçons et filles, car ses interactions sont fort différentes si c’est un garçon ou si c’est une fille et plus différentes que celles de la mère.

Les parents jouent aussi un rôle important dans la construction de son identité sexuée par l’enfant lui-même. En effet, chaque comportement de l’enfant sera, soit renforcé s’il est conforme à son sexe, soit découragé s’il est contre-stéréotypique (c’est-à-dire typique du sexe opposé). L’enfant va donc répéter ou abandonner son comportement en fonction du renforcement, positif ou négatif, qu’il aura reçu. Les parents réagissent d’ailleurs beaucoup plus fortement pour décourager un garçon d’adopter un comportement typiquement féminin que pour décourager la petite fille qui veut adopter un comportement dit masculin. Et ce, très tôt dans la vie, puisque ce comportement différencié des parents est le plus fort dans la deuxième année de vie des enfants.

Ensuite, ce sont les enfants eux-mêmes qui vont se conformer aux stéréotypes de genre au fur et à mesure qu’ils s’essayent à des activités et des comportements.

♦ LA SOCIALISATION

La socialisation est le processus au cours duquel un individu apprend et intériorise, tout au long de sa vie, les normes et les valeurs de la société à laquelle il appartient, et construit son identité sociale. Elle est le résultat à la fois d’une contrainte imposée par certains agents sociaux mais aussi d’une interaction entre l’individu et son environnement. ♦

Beaucoup trop de femmes dans les écoles …

L’identité sexuée de l’enfant se construit surtout pendant sa petite enfance. Ses passages à la crèche et à l’école maternelle sont donc déterminants dans ce processus. Or, il se fait que les adultes qu’ils y côtoient sont principalement des femmes, qui transmettent aux enfants des modèles de rôles très traditionnels et très fortement sexués.

Quand l’enfant grandit, l’école (organisation, interactions entre élèves et entre élèves et enseignants) constitue un lieu de socialisation implicitement différenciateur selon le sexe. Les stéréotypes restent très présents dans le contenu des cours, tant dans les livres que dans le matériel pédagogique mais aussi surtout dans les attitudes des enseignants envers les élèves filles et garçons.

L’école joue un rôle fondamental dans la construction de l’image de soi des garçons et des filles et elle ne fait que conditionner, illustrer et légitimer les attentes et les normes sociales.

♦ LIVRES ET MANUELS SCOLAIRES

Le livre occupe une place privilégiée dans la vie du jeune enfant : les classes maternelles et primaires contiennent souvent un coin bibliothèque. Les accueillantes de crèche et les enseignantes de maternelle lisent à voix haute des histoires aux enfants.

Plus tard, les enfants apprendront à lire dans des livres issus de la littérature enfantine et feront l’apprentissage de différentes disciplines dans des manuels scolaires. Le livre est donc un important support de socialisation.

De manière générale, les garçons y sont beaucoup plus représentés que les filles. Quant aux rôles qu’on leur assigne, les femmes sont plus souvent représentées dans un rôle familial, celui de mère, alors que les hommes sont représentés dans un double rôle, familial et professionnel. Quand les femmes accèdent à des rôles professionnels, ceux-ci sont peu variés et très traditionnels, tandis que les hommes sont représentés dans des rôles plus variés et souvent issus de domaines plus valorisés.

Il apparaît donc que les livres pour enfants, bien qu’ayant évolué, véhiculent toujours une représentation du monde qui est plus stéréotypée que dans la réalité, et qui ne reflète pas l’évolution des rôles de sexe dans la société (par exemple, l’engagement plus important des femmes dans la sphère professionnelle).

La Fédération Wallonie-Bruxelles a récemment édité une étude sur les manuels scolaires intitulée «Sexes et manuels. Promouvoir l’égalité dans les manuels scolaires». Les CEMEA se sont aussi penchés sur la question et ont édité un document sur le même sujet  (http://www.cemea.be/manuels-scolaires-et-stereotypes).♦

Un garçon ne joue pas à la poupée !

La construction de l’identité sexuée chez l’enfant ne passe pas seulement par les interactions avec les personnes qui l’entourent mais aussi par des médiateurs, tel le jouet, par exemple.

Cet objet symbolique permet, entre autres, la transmission des rôles stéréotypiques de genre. Il permet, à l’enfant, de reproduire certains comportements qu’il aura observés mais aussi de retransmettre à l’adulte certaines des règles de société qu’il aura apprises.

Au sein de la famille, dès la première année, les adultes sélectionnent les jeux qu’ils offrent à leur enfant en fonction de son sexe. Les garçons reçoivent une plus grande diversité de jouets que les filles, leur offrant davantage d’activités de manipulation.

Les jouets proposés aux filles sont moins nombreux, ils encouragent plutôt l’imitation et permettent moins de variations et d’innovation. Ils restent cantonnés au champ des activités maternelles et domestiques. Les jouets pour les filles étant plus stéréotypés au niveau du genre, les parents acceptent moins facilement que les garçons transgressent leur genre pour jouer avec les jeux des filles. Ils admettront plus facilement une transgression de la part des filles si elles veulent jouer avec les jeux des garçons.

Aujourd’hui, une évolution a eu lieu et cette ségrégation est moins forte, surtout depuis le développement des jouets stéréotypiquement neutres, tels les jeux de société, d’éveil ou de création. Néanmoins, les jouets pour les filles concernent le maternage, la beauté, les soins et le ménage et ceux pour les garçons se rapportent aux jeux de guerre, au bricolage et aux moyens de transport.

Les catalogues de jouets insistent sur cette ségrégation en proposant les jouets pour filles sur un fond rose, les jouets pour garçons sur un fond bleu ou vert et les jouets neutres sur un fond d’une couleur plus neutre. Les magasins de jouets présentent aussi leurs rayons de manière très stéréotypée en utilisant le même code couleur que les catalogues.

iStock_000003952974Small♦ LA PUB ET LA TÉLÉVISION

Les programmes télévisés pour enfants, ainsi que les dessins animés ou les séries, comportent des représentations de genre très stéréotypées. On y retrouve, comme dans les autres médiateurs examinés dans cette partie, plus de personnages masculins que de personnages féminins. Ils sont en outre représentés dans des comportements bien spécifiques, les garçons dans des rôles très actifs et violents, les filles plus concernées par la vie familiale et l’apparence. Les femmes représentées dans un rôle domestique et les hommes dans un rôle professionnel. Ces programmes télévisés pour enfants sont fréquemment entrecoupés par des publicités. Ces publicités pour les jouets renforcent les définitions conventionnelles des rôles de sexe. Etant donné que la télévision est un média regardé plusieurs heures par jour par les enfants, parfois très jeunes, son impact est très important dans la construction de l’identité sexuée. ♦

Conclusion

La socialisation des filles et des garçons s’opère très différemment dans leur enfance, tant les attentes des adultes qu’ils côtoient sont stéréotypées. Tous les milieux dans lesquels évoluent les enfants y contribuent : la famille, la crèche et l’école, de la maternelle au secondaire.
De nombreux médiateurs participent aussi à la perpétuation des stéréotypes de genre : les albums pour enfants, les jouets, les manuels scolaires, la publicité et la télévision.


Coup d’œil dans les bulletins et les conseils de classe

iStock_000004077674LargeMême si c’est par goût pour une matière qu’un jeune va choisir telle ou telle orientation, ce choix est déterminé par l’estime de soi et le sentiment de compétence qu’il/elle a dans une matière. Et cette estime de soi est elle-même influencée par les stéréotypes de genre.
Or, le choix d’orientation en secondaire va en grande partie déterminer le futur professionnel du jeune.

Bien choisir son orientation en secondaire s’avère primordial pour augmenter ses chances de réussite dans les études supérieures les plus valorisées socialement et les plus rentables. Ce choix va conditionner de manière déterminante l’avenir de l’élève. Mais, en Belgique, on demande aux jeunes de s’orienter très tôt, dès le début du secondaire. Ce qui les empêchera, dans le cas d’une mauvaise orientation, plus tard d’accéder à certaines études (celles qui sont valorisées et rentables).

Actuellement, le diplôme représente un facteur d’employabilité et une protection contre le chômage. C’est ce que montrent de nombreuses études, dont la recherche menée par Alaluf et son équipe à l’ULB en 2000-2001 auprès de plus de 2000 nouveaux inscrits en première candidature. Ils ont fait le constat que, malgré la meilleure réussite des filles et leur accès massif à l’université, moins en retard que les garçons, celles-ci opèrent de mauvais choix d’options en secondaire. Ils ont observé que les filles étaient reléguées, dans le secondaire général, dans les options comportant moins d’heures de mathématiques et dans le technique et le professionnel, dans les filières moins valorisées et moins rentables financièrement (telles les filières du tertiaire ou de la santé).

Section maths fortes : le top

Les mathématiques jouent un rôle décisif dans la construction de la hiérarchie entre les options du secondaire.

En fait, derrière le discours qui suppose les filières et options de valeur égale, il existe une véritable hiérarchie, attestée dans la pratique par le caractère asymétrique et irréversible des orientations et par l’origine sociale des élèves qui fréquentent les différentes filières. Ainsi, passe-t-on du général vers le technique et vers le professionnel et dans le général des options maths fortes vers les maths moyennes et maths faibles.

Ainsi, insidieusement, se forge une hiérarchie, que l’on retrouve aussi dans le supérieur, car elle induit une forte différenciation sociale et sexuée entre filières. Ce sont les enfants des milieux favorisés qui choisissent ces filières fortes en mathématiques et les garçons, plus que les filles. Seules les filles très performantes se permettent d’accéder à ces filières « d’excellence » alors que les garçons, même avec des résultats moyens, les investissent aussi.

Telle mère, telle fille …

Il ne faut pas négliger l’impact des parents, et en particulier celui des mères, sur l’orientation de leurs filles. Ainsi, c’est depuis les années 1950 que les sociologues de l’éducation se sont rendus compte de l’importance du diplôme de la mère sur la réussite scolaire des enfants. Une sociologue a relevé, en 2007, que de nombreuses femmes ayant réussi professionnellement dans la voie scientifique d’excellence expliquent que c’est grâce au soutien de leurs parents et surtout de leur mère.

D’autres sociologues ont aussi montré que les filles ont besoin d’avoir un « modèle féminin scientifique » et d’être familiarisées avec le milieu de l’ingénierie à travers leur famille pour s’orienter vers les études scientifiques ou d’ingénieur.

Le « mauvais choix » des filles en supérieur

La recherche Newtonia menée à l’ULB a mis en évidence que trois indicateurs étaient déterminants dans l’accès à l’université : le sexe, le niveau socioculturel et l’option choisie dans le secondaire. Il vaut mieux être un garçon, de milieu favorisé, sortant de section maths fortes, avec des parents diplômés du supérieur, pour s’engager dans des études supérieures scientifiques et techniques et avoir des chances d’y réussir. Ainsi, le jeune qui ne sort pas de secondaire de l’option « maths fortes » va avoir plus de difficultés pour réussir dans ces filières. Filières dont les filles sont plus absentes que les garçons, alors qu’elles font quand même ce choix en secondaire (même si c’est dans une moindre mesure).

L’enquête a aussi montré que les parents préfèrent faire redoubler leur garçon pour qu’il reste en section forte alors qu’ils orientent plutôt leur fille vers une section plus faible sans la faire redoubler. C’est une des raisons qui explique la lente disparition des filles des filières les plus prometteuses d’avenir. Ainsi, déjà en secondaire, les filles ne vont pas faire le choix des options fortes aussi systématiquement que les garçons (elles ne représentent que 42% de ceux qui ont choisi l’option « maths fortes » dans l’enquête Newtonia).

La catégorisation en genre masculin et féminin affecte virtuellement chaque aspect de notre vie quotidienne. Les choix d’orientation n’y échappent pas et certaines filières sont empreintes de masculinité (les sciences, les technologies, l’informatique) alors que d’autres sont plutôt féminines (les lettres, les langues, les sciences médico-sociales).

Les stéréotypes de genre

Ce sont des croyances (socialement partagées) concernant les comportements, les compétences, les rôles et les activités considérés comme typiques des hommes ou des femmes. C’est ainsi que la croyance veut que les hommes soient perçus comme compétitifs, audacieux, prédisposés au leadership, rationnels et bons en mathématiques alors que les femmes seraient plutôt réputées pour leur sensibilité, leur émotivité, leur sociabilité et leurs compétences en lettres et sciences humaines. Les enfants prennent très tôt conscience de ces stéréotypes de genre et, à l’adolescence, ils les ont pleinement intériorisés grâce à la socialisation (en famille, à l’école, entre pairs). Les stéréotypes contribueraient de cette façon à définir, relativement tôt, des rôles et des goûts différents chez les deux sexes.

Les filles sont nulles en maths

Baudelot et Establet (deux sociologues français) observent qu’au 19e siècle, on disait que les filles avaient soi-disant le cerveau inapte à l’apprentissage du latin, qui était la branche primordiale pour accéder au baccalauréat et entrer à l’université. Alors qu’au 20e siècle, ce sont les mathématiques qui constituent la discipline sélective en secondaire et qui déterminent l’accès aux filières scientifiques. On a alors dit que les filles étaient moins compétentes que les garçons en mathématiques.

Les filles ont généralement de meilleurs résultats que les garçons, et ce, dans toutes les matières, de l’école primaire au début du secondaire. 

On observe, dans le courant du secondaire, une inversion de réussite, du moins dans les matières scientifiques, notamment en mathématiques, et les garçons ont alors de meilleurs résultats que les filles. La psychologie sociale explique cette situation par le fait que les adolescentes ont bien intégré le stéréotype social de leur infériorité en mathématiques et qu’elles en subissent dès lors les effets au quotidien. C’est-à-dire que non seulement leurs résultats en mathématiques s’en trouvent diminués mais ce stéréotype influence aussi leur choix d’orientation. Car choisir de s’orienter dans une filière plutôt que dans une autre dépend de la confiance en soi dans sa réussite mais aussi dans l’évaluation que l’on a de ses propres compétences en la matière. Dès lors, le stéréotype de genre en mathématiques va influencer le sentiment de réussite que vont développer les jeunes filles et le choix d’orientation qu’elles feront. Or, on observe aussi que, par rapport aux garçons, les filles s’autoévaluent à la baisse en mathématiques même lorsqu’elles ont des résultats scolaires identiques ou supérieurs à ceux des garçons. On pourrait croire que les filles se sous-évaluent en maths par modestie mais elles ne le font pas dans les autres disciplines scolaires. C’est donc un effet du stéréotype.

Ce sentiment des filles d’être moins compétentes en mathématiques est renforcé par les opinions de leurs parents, de leurs enseignants et des médias. Car les parents et les enseignants (eux aussi sous l’influence du stéréotype) évaluent différemment les compétences des deux sexes.

La sociologue Marie Duru-Bellat, explique qu’à l’adolescence, un certain conformisme est fondamental, surtout en milieu mixte. En fait, les adolescents s’efforcent alors de se positionner activement comme fille ou comme garçon, en ne subissant pas passivement les stéréotypes de genre. En sciences, par exemple, les adolescentes s’affirment comme féminines au travers des comportements typiques de leur sexe, comme le dégoût devant une dissection, une certaine maladresse ou le refus de se salir. Comportements considérés comme normaux par les enseignants. Dans le même ordre d’idées, il est logique que les choix d’orientation, qui dévoilent en quelque sorte aux autres ce que le jeune veut devenir, soient dès lors conformes aux stéréotypes de genre en la matière.


Conclusion générale

L’orientation est donc déterminée par l’estime de soi et les stéréotypes mais aussi par les rôles sociaux prescrits aux femmes et aux hommes, via la socialisation.

Suite à l’intériorisation du stéréotype, les filles se sentent moins compétentes que les garçons en mathématiques. On ne s’étonnera donc pas qu’elles ne s’engagent pas dans des études exigeantes en mathématiques, comme le sont les études scientifiques et techniques (mathématiques, physique, informatique et ingénieur).

Laissons la conclusion à Baudelot et Establet dans leur excellente synthèse du sujet en 2006 « Allez les filles ! Une révolution silencieuse » :

« Les obstacles rencontrés à la pleine reconnaissance des capacités des femmes sont, […], persistants et robustes : persistance des stéréotypes éducatifs, très faible transformation des rôles dans la famille, ségrégations sexuées dans l’enseignement professionnel, ségrégations sexuées sur le marché du travail, discriminations salariales, orientations scolaires défavorables pour les filles ».


Bibliographie

Alaluf, M., Imatouchan, N., Marage, P., Pahaut, S., Sanvura, R., Valkeneers, A., & Vanheerswynghels, A. (2003). Les filles face aux études scientifiques. Bruxelles : Éditions de l’Université de Bruxelles.

Baudelot, C., & Establet, R. (2006). Allez les filles ! Une révolution silencieuse. (2e éd.). Paris : Éditions Points.

Chatard, A. (2004). L’orientation scolaire sous l’emprise des stéréotypes de genre. In M.-C. Toczek & D. Martinot, Le défi éducatif. Des situations pour réussir (pp.196-200). Paris : Armand Colin.

Dafflon Novelle A. (Éd.), Filles-garçons. Socialisation différenciée ? Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble.

Duru-Bellat, M. (2004). L’école des filles. Quelles formations pour quels rôles sociaux ? Paris : L’Harmattan.

Mosconi, N. (1994). Femmes et savoir : la société, l’école et la division sexuelle des savoirs. Paris : L’Harmattan.

Vidal, C., & Benoit-Browaeys, D. (2005). Cerveau, sexe et pouvoir. Paris : Belin.



Vous pouvez également retrouver ce dossier mis en page dans le pdf téléchargeable ici de la revue Ébullisciences nº347