Les révolutions scientifiques qui ont bouleversé notre vision du monde

01_COV_darwinEst-ce que la science est une prise de position ? Les acteurs des révolutions font-il un choix scientifique en fonction de facteurs sociologiques qui peut être critiqué ? Cette vision très relativiste des sciences proposée par Kuhn, qui consiste à dire : « toutes les opinions se valent » ou encore « à chacun sa vérité », a souvent été critiquée. Les révolutions scientifiques, même si elles évoluent dans un certain contexte social, ne sont-elles pas le moteur du progrès de l’humanité ? Au fil des révolutions scientifiques, tend-on vers une meilleure approximation de la vérité ? Ou alors les différentes révolutions scientifiques nous apportent-elles simplement des nouveaux outils plus adaptés pour comprendre le monde sans pour autant approcher une vérité absolue ?

L’originalité d’une révolution scientifique (par exemple par rapport à une révolution politique), est qu’elle doit être à la fois radicale, car elle exprime une nouvelle façon de penser, et conservatrice, car elle doit incorporer les éléments anciens du savoir sur lesquels elles s’appuient.


Karl Popper : on change de théorie scientifique lorsqu’elle est réfutée

Célèbre philosophe du 20e s., Popper part de l’idée qu’une série d’observations (par exemple, « Je vois des cygnes blancs ») ne permet jamais d’induire logiquement une proposition générale (« Tous les cygnes sont blancs »), car la seule observation ne dit rien des observations à venir ; il reste possible qu’une seule observation contraire (« J’ai vu passer un cygne noir ») l’invalide.

Une loi scientifique n’est donc pas une loi vérifiée — ni même vérifiable par l’expérience — mais une loi réfutable, qu’il est toujours logiquement possible de réfuter.

Ainsi, pour Popper, la proposition « Dieu existe « est dotée de sens mais elle n’est pas scientifique car elle n’est pas réfutable. Ce concept permet de marquer une différence claire entre science et dogme.

Thomas Samuel Kuhn : on change de vison du monde lorsqu’elle est remplacée

Philosophe et historien des sciences du 20e s, Kuhn s’est principalement intéressé aux structures des groupes scientifiques à travers l’histoire des sciences. Il développe la thèse d’une science progressant par ruptures, appelées révolutions scientifiques.

Pour illustrer ce basculement, il emprunte entre autres l’exemple du « canard-lapin » à Wittgenstein. Selon le regard posé sur ce dessin, on y reconnaît alternativement le profil d’un canard ou d’un lapin selon le point de vue. Kuhn transpose ce phénomène à la science. Les scientifiques ont une représentation théorique particulière du monde et de la nature qui ne peut être dissociée des croyances sociales de l’époque. La représentation scientifique particulière du monde change dès que le point de vue se modifie.

Kuhn nie l’existence d’un point de vue neutre ou objectif. Il propose une conception selon laquelle une théorie scientifique s’insère au sein d’une structure qu’il désigne par « paradigme ». Il s’agit d’un consensus adopté par la communauté scientifique dominante, qui détermine la théorie et l’activité scientifiques en vigueur.

Pour mieux comprendre le concept de paradigme : une petite vidéo

10_DOSS_canard-lapin

***

Le «canard-lapin» : on y reconnaît alternativement l’un ou l’autre, suivant le point de vue adopté. Kuhn l’utilisera métaphoriquement pour expliquer comment une représentation du monde peut évoluer quand on change de point de vue.

***


La Terre n’est pas le centre de l’Univers

La Terre n’est pas plate

Pendant très longtemps, la question de la forme et la taille de la Terre ne s’est pas posée car la réponse était évidente. L’expérience quotidienne indiquait que la Terre était plate et les limites se trouvaient à l’endroit où commencait le ciel. Chaque culture avait ses réponses en fonction de ses croyances.

On pense souvent, à tort, que c’est Galilée ou Christophe Colomb qui a découvert que la Terre était ronde. Mais dès l’Antiquité, l’idée d’une terre ronde est présente. Vers 500 av. J.-C., Pythagore, philosophe et célèbre mathématicien grec, est le premier à affirmer que la Terre est ronde.  Le philosophe grec, Aristote, formule également de nombreux arguments dans ce sens 150 ans plus tard. À partir de cette époque, les Grecs commencent à tenir de véritables raisonnements au sujet de la forme de la Terre. Il faut justifier ces conceptions car désormais il n’y a plus de vérité tombée du ciel. Petit à petit, ces raisonnements scientifiques et philosophiques convainquent que la Terre doit être une sphère, isolée au centre d’un cosmos sphérique. La sphère est un corps parfait, égale à elle-même dans tous les sens. La physique élaborée par Aristote procure tous les arguments nécessaires à la consolidation de cette vision. Pendant toute la suite de l’Antiquité, et au Moyen âge encore, c’est cette vision qui l’emporte.

Beaucoup plus tard, Newton (1642-1727) propose une autre hypothèse, celle d’une Terre non sphérique mais boursouflée à l’équateur et aplatie aux pôles. Cette hypothèse est confirmée dans la première moitié du 18e siècle. Pourtant, aujourd’hui encore, on continue à dire que la Terre est ronde et non plate, alors qu’elle n’est ni l’une ni l’autre !

fergusson

***

Une carte de la fin du 19e s. présente encore un argumentaire biblique pour justifier un modèle plat, carré et immobile de la Terre … près de 400 ans après Copernic !

***

Tout ne tourne pas autour de la terre

Le Soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest. Difficile pour un observateur terrestre de savoir lequel du soleil ou de la terre tourne autour de l’autre.

Pour les grecs antiques, le monde est éternel, les astres sont des dieux. Selon Aristote, la terre est fixe au centre du monde et les astres tournent autour (théorie géocentrique). Il y a le monde supralunaire (au-delà de la lune), celui des corps célestes parfaits, qui parcourent des trajectoires circulaires éternelles et le monde sublunaire qui est celui du changement.

Au 2e siècle de notre ère, Ptolémée, grand astronome d’Alexandrie, élabore un système géocentrique permettant de rendre compte des mouvements des astres autour de la terre par une combinaison de sphères successives sur lesquelles se déplacent la Lune, le Soleil, les planètes et à la fin, les étoiles. Cette machinerie, un vrai casse-tête très complexe, est restée une référence jusqu’à la Renaissance.

La Renaissance est une période de foisonnement intellectuel. Dans ce climat d’effervescence et de libération, Nicolas Copernic (1473-1543), un astronome polonais, brise avec la théorie généralement admise d’Aristote. Copernic prétend en effet expliquer plus simplement et plus harmonieusement le mouvement des corps célestes en mettant au centre du monde non pas la Terre mais le Soleil. L’héliocentrisme est né.

En 1610, un certain physicien et astronome italien, nommé Galilée, perfectionne la lunette astronomique, ce qui lui permet d’observer que des astres tournent autour de Jupiter. La terre n’est donc plus un centre unique autour duquel tout l’univers tourne…

Avec cette nouvelle découverte, on passe d’un monde rassurant et clos, à un monde infini et inconnu. De plus, elle est complètement en opposition avec la vision géocentrique d’Aristote sur laquelle s’est basé le christianisme : les astres autour de Jupiter observés par Galilée ne « servent à rien » et, Dieu ne créant pas de choses inutiles, ces astres ne peuvent pas exister. Le combat devient religieux et non plus scientifique.

La controverse prend une telle ampleur que la thèse héliocentrique est condamnée sans équivoque par l’Église. Tout en reconnaissant l’intérêt pratique, pour le calcul astronomique, de ce système, il est formellement imprudent de l’ériger en vérité physique. Galilée refusa les recommandations de l’Église et présenta l’héliocentrisme comme une thèse et non comme une hypothèse mathématique. Il est condamné à l’emprisonnement devant le tribunal de l’Église jusqu’à la fin de sa vie.

Il faut attendre le 18e siècle, le siècle des Lumières, parcouru par un mouvement philosophique, culturel et scientifique, pour qu’on admette la vision de Galilée.

Systeme_tychonien

***

Au 16e s., Tycho Brahé, astronome danois, propose un modèle intermédiaire entre Ptolémée et Copernic : les planètes tournent autour du Soleil qui, lui-même, tourne autour de la Terre. À la fin de sa vie, il fût assisté par Kepler qui utilisa ensuite ses observations et données astronomiques pour établir les 3 lois du mouvement des planètes qui portent son nom.

***

La probabilité d’une vie extraterrestre

Depuis Galilée, la technologie du télescope n’a cessé de progresser et ces instruments ont révélé que de nombreuses étoiles étaient similaires à notre Soleil, elles semblent petites car très lointaines. On a ensuite découvert que le Soleil faisait partie d’un grand ensemble d’étoiles sous forme de roue, notre galaxie, la Voie Lactée. En 1925, un astronome américain, Edwin Hubble, identifie d’autres nuages d’étoiles plus éloignés qui rivalisaient en taille avec notre Voie Lactée : il y a plein d’autres galaxies comme la nôtre dans l’univers.

Il n’y a pas très longtemps, en 1995, fut découverte la première exoplanète. Les exoplanètes sont des planètes qui ne tournent pas autour du Soleil : elles tournent autour d’une autre étoile. En 2012, on compte 834 exoplanètes découvertes dont 4 sont considérées comme habitables et pourraient abriter la vie !

Nous pensions être au centre de l’univers, et en cinq siècles, nous avons découvert que nous sommes des poussières dans l’univers, alors pourquoi la vie n’existerait-elle pas ailleurs ? Plus on étudie les conditions nécessaires à l’apparition de la vie, plus on s’aperçoit que les critères à respecter sont nombreux. Mais l’univers est tellement grand que rien n’empêche que ces conditions se réalisent. La vie est un évènement autorisé partout dans l’univers mais très improbable ! Cependant, le nombre de planètes gravitant autour d’autres étoiles se révélant de plus en plus grand, nous pouvons espérer que, même si la vie est exigeante, elle trouve une autre planète qui lui convienne.

AlienL’équation de Drake

L’équation de Drake (1961) tente d’estimer le nombre potentiel de civilisations extraterrestres dans notre galaxie, civilisations  avec lesquelles nous pourrions entrer en contact. Le principal objet de cette équation pour les scientifiques est de déterminer ses facteurs, afin de connaître le nombre probable de ces civilisations.

N = R x fp x ne x fl x fi x fc x L

N est le nombre de civilisations extraterrestres dans notre galaxie avec lesquelles nous pourrions entrer en contact

R est le nombre d’étoiles en formation par an dans notre galaxie

fp est la fraction de ces étoiles possédant des planètes

ne est le nombre moyen de planètes potentiellement propices à la vie par étoile

fl est la fraction de ces planètes sur lesquelles la vie apparaît effectivement

fi est la fraction de ces planètes sur lesquelles apparaît une vie intelligente

fest la fraction de ces planètes capables et désireuses de communiquer

L est la durée de vie moyenne d’une civilisation, en années.

R

fp

ne

fl

fi

fc

L

N

Conclusion

Valeurs optimistes

20

1

1

1

1

0,5

106

+/- 107

La galaxie est pleine de vie !

Valeurs pessimistes

1

0,2

1

1

0,5

0,1

100

+/- 1

Nous sommes seuls !

À noter que cette équation cherche à déterminer le nombre de civilisations intelligentes qui pourraient entrer en contact avec nous et non des vies non-intelligentes ou des traces de vie, ce qui augmenterait considérablement les probabilités.

Big bang : l’origine de l’univers

Les astronomes ont réalisé que l’univers comporte énormément de galaxies dont plusieurs s’éloignant à des vitesses phénoménales. L’univers semble s’étendre dans toutes les directions.

10_DOSSBigBangLe premier scientifique à s’intéresser à ces données et à extrapoler sur le commencement de l’univers est un belge, Georges Édouard Lemaître. En 1927, il avance la théorie selon laquelle l’univers présente un commencement défini, un moment où toute la matière et l’énergie se trouvaient concentrées en un point. L’explosion de ce point marque le début de l’espace et du temps, ainsi que l’expansion de l’univers. Cette théorie est appelée ironiquement « Big Bang » par les scientifiques qui prétendent au contraire que l’univers est stationnaire.

En 1998, les scientifiques découvrent que la vitesse de l’expansion s’accélère. Il semble que  l’univers soit rempli d’une force inconnue, appelée énergie noire qui repousse et éloigne toutes choses. La théorie du « Big Bang » soulève encore aujourd’hui de nombreuses questions.


Nos 5 sens ne suffisent pas à appréhender la réalité

Le temps et l’espace ne sont pas constants !

La théorie de la relativité a complètement remis en cause notre vision de la réalité. En effet, en 1905, Einstein développe la théorie de la relativité restreinte, selon laquelle, contrairement à ce que nos sens nous indiquent, nous ne vivons pas dans un espace à 3 dimensions mais dans un espace-temps à 4 dimensions.

Cette fusion de l’espace et du temps a des conséquences totalement déroutantes : la vitesse de la lumière est constante, par contre, le temps peut ralentir et l’espace peut se contracter ! Le ralentissement du temps est sûrement la conséquence la plus spectaculaire. Il n’y a pas de temps universel et absolu. Deux personnes peuvent vieillir à des rythmes différents et donc les voyages dans le futur sont possibles ! Cela va tellement à l’encontre de l’intuition qu’on peut refuser de le croire. Pourtant, c’est de cette façon que se comporte la nature, ça a été démontré par toutes sortes d’expériences. Mais pour observer de tels sauts dans le temps, il faudrait pouvoir atteindre une vitesse proche de la vitesse de la lumière, c’est-à-dire 300 000 km par seconde. En 1 seconde, la lumière fait 7 fois le tour de la Terre, ce qui est tout à fait hors de portée de la technologie d’aujourd’hui. Nous atteignons des vitesses très proches dans les accélérateurs de particules, on y voit alors très bien les effets du ralentissement du temps. La théorie d’Einstein a été ainsi vérifiée.

À voir : ww2.college-em.qc.ca/relativite-animee

Einstein s’est aussi demandé si cette théorie sur la relativité ne pouvait pas être liée à la question de la gravité, force encore très mystérieuse à l’époque. Einstein publie en 1915 sa théorie de la relativité générale selon laquelle la gravité est une déformation de l’espace-temps autour d’un corps ayant une grande masse. Pour Einstein, de la même manière que nous nous sentons pressés contre notre siège lorsque nous accélérons en voiture ou vers le bas quand nous montons en ascenseur, la gravitation est une déviation de l’espace-temps qui engendre une sorte d’accélération. Plus la masse est grande, plus la déformation est importante.

La relativité restreinte a révolutionné la vision que l’on avait de l’espace-temps et la relativité générale change notre compréhension de la gravitation et de l’accélération.

jumellesLe paradoxe des jumeaux : ne pas vieillir ensemble

Dès qu’une personne bouge par rapport à une autre, son temps s’écoule à un rythme différent et les longueurs perçues ne sont pas les mêmes. Le paradoxe des jumeaux est une expérience de pensée en relativité restreinte imaginée par Paul Langevin. Considérons des frères jumeaux. L’un des jumeaux reste sur la Terre, le «terrien», et l’autre, l’»astronaute», part sur un vaisseau spatial hyper rapide (quasiment la vitesse de la lumière). Chacun des jumeaux aurait l’impression que son temps s’écoule normalement mais si le terrien pouvait regarder les mouvements de l’astronaute, il le verrait bouger très lentement. Au contraire, si l’astronaute regardait le terrien, il le verrait aller très vite. Du coup, le jumeau terrien vieillirait beaucoup plus vite que son frère parti sur le vaisseau.

On a vérifié cela grâce à un avion et des horloges atomiques. On a comparé une horloge placée dans l’avion et une horloge restée sur Terre. On a bien retrouvé une différence. On vieillirait moins vite en voyage en avion mais ce n’est que de quelques nanosecondes. Pas la peine de prendre l’avion tous les jours pour vivre plus longtemps mais il faut en tenir compte pour la correction des données du GPS.

La masse aussi est variable ! 

H>HeE=mc² est la formule de physique la plus célèbre et c’est parce qu’elle a aussi bouleversé notre conception du monde. Selon cette loi, la masse n’est pas qu’une quantité de matière, comme on l’imaginait, mais elle représente aussi une formidable quantité d’énergie. Par exemple, si on pèse 2 atomes d’hydrogène séparément, ils ont tous les deux la même masse. Mais si on les fusionne, on obtient de l’hélium et la masse de l’Hélium est inférieure à la somme des masses des 2 noyaux d’hydrogène. Où est passée la différence ? Ce qui manque, c’est de l’énergie. Ce phénomène, nous l’observons tous les jours dans le Soleil. La fusion de ses atomes fournit l’énergie lumineuse qui nous éclaire. Ce phénomène est expliqué par la formule  E=mc² (Énergie = masse x vitesse de la lumière au carré). La masse et l’énergie en apparence si éloignées sont en fait étroitement liées. C’est une révolution !

La mécanique quantique : l’infiniment petit fonctionne autrement !

Pendant des siècles, les scientifiques ont fait progresser la science comme un outil permettant de mesurer et de quantifier le monde qui nous entoure. La mécanique quan¬tique a fait basculer cette vision du monde.

La physique quantique trouve son origine au 19e siècle suite à la théorie d’un physicien allemand, Max Planck. Selon la « physique  classique » (celle qui décrit les phénomènes physique de tous les jours, comme l’accélération d’une voiture par exemple), les échanges d’énergie entre la matière et un rayonnement peuvent prendre n’importe quelle valeur. À la suite d’un problème particulier (appelé « rayonnement du corps noir »), cette théorie est mise en défaut. Planck postule, pour solutionner le problème, que cet échange d’énergie s’opère en fait par petits paquets d’énergies, appelés quanta. Il introduit dans sa théorie une constante qui portera son nom et qui exprime le seuil d’énergie minimum que l’on puisse mesurer sur une particule. Cette théorie est reprise au 20e siècle par Einstein qui l’approfondit : pour lui, la lumière est constituée de particules qu’il nomme photons et qui correspondent à un « paquet » d’énergie. C’est la théorie corpusculaire de la lumière.

Au 19e siècle, Maxwell, un physicien écossais, avait, quant à lui, décrit le comportement de la lumière en la considérant comme une onde électromagnétique. Il formalise sa description à l’aide d’équations. C’est la théorie ondulatoire de la lumière, qui permet par exemple d’expliquer les phénomènes de diffractions.

Mais alors, la lumière est-elle une onde ou est-elle constituée de particules ? Cette question a engendré un débat intense dans le milieu scientifique.

En 1924, Louis de Broglie trouve une réponse : pour lui, les deux théories sont complémentaires, la lumière peut être considérée à la fois comme une onde et comme un ensemble de particules. Sa thèse mène au principe fondamental de la physique quantique : à l’échelle microscopique, toute matière (et pas seulement la lumière) présente simultanément des propriétés d’ondes et de particules, c’est la dualité onde-particule. Des expériences sur les interférences ont démontré cette dualité (voir cadres ci-contre).

En 1927, Werner Heisenberg introduit le « principe d’incertitude » selon lequel, les grandeurs physiques (position et vitesse) qui caractérisent une particule ne peuvent être déterminées simultanément : il existe une incertitude sur ces grandeurs. Au même moment, Edwin Schrödinger établit une équation qui décrit les particules non comme des points matériels bien tangibles, mais comme une fonction d’onde. La fonction d’onde permet de calculer la densité de probabilité de présence des particules, c’est-à-dire la probabilité d’avoir une chance de trouver la particule à tel endroit et à tel instant. Si on transpose ça de manière imagée au modèle d’une onde en 2 dimensions, dans le haut de la « vague », il y a plus de chance de trouver la particule que dans le creux. La physique quantique est une théorie de probabilité.

La théorie quantique bouleverse tout notre système de pensée. Le monde de l’infiniment petit obéit à une physique bien particulière. Avant le monde était prévisible, on l’avait compris et on avait des équations pour résoudre les problèmes physiques. La théorie quantique décrit un monde étrange, où l’on découvre que la matière qui constitue tout notre univers, et qui semble pourtant bien localisée dans l’espace est en fait « étendue » comme une onde.

des

***

Là où la physique classique décrit un monde de certitudes (on peut déterminer une trajectoire, une vitesse, une position), la physique quantique nous parle d’incertitude, de hasard. Vous avez dit science exacte ?

***

Les particules microscopiques ont un comportement ondulatoire

En physique classique, un dispositif lance des billes disposées à une certaine distance d’un mur percé de deux ouvertures suivi d’un écran. Celles-ci s’accumulent droit derrière l’ouverture et on observe 2 dépôts de balles séparés sur l’écran.

En physique classique toujours, considérons un bassin rempli d’eau, séparé en deux compartiments par une cloison percée de deux fentes. Si une onde est initiée à la surface de l’eau dans un des deux compartiments, elle se propage de l’autre côté comme si elle émanait des 2 ouvertures. Les ondes interagissent entre-elles et s’additionnent ou s’annulent, exactement comme le feraient 2 vagues se croisant. Des franges d’interférences apparaissent et touchent le mur.

On place une source émettrice de particules microscopiques dans un dispositif semblable. Résultat : les impacts observés sur l’écran se distribuent de manière à former progressivement des figures d’interférence ! En fait, les particules ne suivent pas une trajectoire déterminée. La distribution des impacts sur l’écran n’est pas la même selon que les 2 trous sont ouverts simultanément, ou un à la fois. Les choses se passent comme si chaque particule « savait » si l’autre cloison est ouverte ou non et modifiait sa trajectoire. Ou comme si les particules se délocalisaient pour passer simultanément par les deux trous, comme une onde s’étendant dans l’espace.

young

Les ondes se comportent comme des particules

En 1922, le physicien Arthur Compton montre que les rayons X, dont la nature d’ondes électromagnétiques a été démontrée, se comportent dans leur collision avec des électrons atomiques exactement comme s’il s’agissait du choc de boules de billard. Cette observation expérimentale vient confirmer que les ondes électromagnétiques peuvent se comporter comme des particules, et donc de la lumière aussi.


L’homme, un être vivant parmi d’autres

Les êtres vivants évoluent

Pendant longtemps, on imaginait que le monde, les plantes, les animaux, les hommes  avaient toujours été ce qu’ils étaient, créés par intervention divine.

Au 18e s., des naturalistes comme Lamarck font des observations (des fossiles d’espèces éteintes ou des formes très différentes au sein d’une même espèce) qui mettent ce dogme en difficulté. L’idée alors défendue est celle du transformisme : les animaux s’adaptent à leur milieu.

Charles Darwin, naturaliste anglais, propose un autre mécanisme : la sélection naturelle. En 1831, Charles Darwin part en voyage pour cinq ans à bord d’un bateau afin de cartographier l’Amérique du sud. Durant le voyage, il collectionne les spécimens et les fossiles des espèces qu’il rencontre. Dans les îles Galapagos, ses observations l’amènent à élaborer l’ébauche de sa théorie. Il remarque qu’une même espèce retrouvée sur plusieurs îles présente des différences importantes. Le cas des pinsons est exemplaire de ces évolutions : suivant le lieu, le bec est adapté à différentes sortes de nourriture…

En juillet 1858, Charles Darwin et Alfred Wallace (naturaliste contemporain de Darwin) présentent conjointement leurs travaux sur la théorie de l’évolution et un an plus tard Darwin publie son œuvre célèbre : L’origine des espèces par la sélection naturelle. Darwin base son argumentation sur le fait que toutes les espèces vivantes, y compris les hommes, ont évolué à partir d’un ancêtre commun, tout au long d’un processus qu’il qualifie de sélection naturelle. Ce n’est pas le mode de vie qui engendre un changement au sein des espèces mais certains changements apparaissent de manière aléatoire et donnent un avantage sélectif aux individus les mieux adaptés.

L’influence de cette théorie est telle que l’idée a été reprise par les sciences sociales. C’est ce qu’on appelle le darwinisme social. Sur le plan politique, le darwinisme social a servi à justifier scientifiquement plusieurs concepts politiques liés à la domination par une élite, d’une masse jugée moins apte. Parmi ceux-ci, on trouve le colonialisme, le fascisme et surtout le nazisme.

girafe_lamarckLamarck et le transformisme

L’exemple le plus connu pour illustrer le transformisme est celui de la girafe qui tend son cou pour attraper les plus hautes feuilles et qui finit par grandir un petit peu. Ce nouveau cou est transmis à ses enfants. Les animaux changent par nécessité pour s’adapter aux nouvelles conditions du milieu. La variation est acquise et transmise aux descendants.

accoupl_girafeDarwin et la sélection naturelle

La majorité des girafes possèdent un petit cou, mais un jour, une girafe naît par hasard avec un cou plus grand. Elle peut alors mieux se nourrir car elle est bien adaptée à son environnement, vivre plus longtemps et transmettre ce caractère à sa descendance. Les modifications des êtres vivants se font purement au hasard.  La variation est aléatoire et sélectionnée par l’environnement.

Le cerveau, siège de la conscience qui différencie l’homme de l’animal ?

Les humains semblent être les seules créatures capables de penser et l’homme s’est toujours considéré comme un être vivant au-dessus des autres. Mais certaines découvertes scientifiques ont changé cette vision et nous indiquent qu’il faut rester modeste car le genre humain a ses racines dans l’animalité.

Les émotions se passent dans le cerveau et non dans le cœur

À l’origine, ce sont surtout les philosophes qui ont posé ces grandes questions sur ce qui nous distingue des animaux. René Descartes, avec son célèbre «Je pense donc je suis» est sans doute le plus connu. Pour lui, ce qui nous sépare des animaux, c’est l’âme, la pensée. Descartes défend pourtant en 1634 une idée nouvelle : l’esprit serait localisé dans le cerveau et pas dans le cœur comme on le pensait auparavant.

Au début du XIXe siècle, Gall, médecin autrichien, et Broca, neurologue français, ont mis en évidence que le cerveau était constitué de différentes zones responsables de nos différentes aptitudes mais aussi de nos émotions.

10_DOSS_canopes

***

Dans les rites de momification de l’Égypte antique, le cerveau n’était pas conservé, au contraire du cœur, siège de la pensée, qui était précieusement replacé dans le thorax. Les viscères, quant à elles, étaient réparties dans les vases canopes.

***

L’âme est façonnée par l’inconscient


Sigmund Freud, à la fin du XIXe siècle, ouvre une autre voie de recherche totalement indépendante de la neurologie. Pour lui, l’âme humaine ne se réduit pas à des liaisons neuronales, elle est façonnée par notre inconscient. Pour comprendre comment fonctionne l’être humain, il faut fouiller en lui, dans ses souvenirs, dans ses rêves. Pour avoir accès à cet inconscient, Freud utilise l’hypnose et développe une méthode où la parole et la libre association des idées deviennent les instruments privilégiés : la psychanalyse.

cerveau-sex_thumb

***

Siège de la raison pour Descartes, le cerveau devient avec Freud celui des passions, des fantasmes refoulés ou d’une violence qu’on se refuse à reconnaître, c’est la découverte de l’inconscient.

***

L’intelligence des animaux

L’éthologie est la science qui étudie le comportement des animaux. Cette branche a permis de nombreuses découvertes étonnantes qui offrent une meilleure compréhension du monde animal et des pistes pour l’étude de l’intelligence humaine.

Des expériences scientifiques ont par exemple révélé que les bébés humains se trouvent sur un pied d’égalité avec les animaux lorsqu’il s’agit d’arithmétique simple. Différents groupes d’espèces se démarquent par leurs aptitudes intellectuelles comme les grands singes, les dauphins, les éléphants et les corvidés (pies, corbeaux), qui peuvent se reconnaître dans un miroir. Les chimpanzés et les corvidés fabriquent des outils, les perroquets peuvent tenir une conversation structurée, les éléphants ont un comportement singulier face à leurs morts et les cétacés face au langage. D’autres animaux tels les rats, les cochons et les pieuvres ont intéressé les chercheurs par leur capacité de raisonnement. Certains animaux ont une intelligence individuelle limitée mais forment cependant des communautés sociales capables d’adaptation intelligente lorsqu’ils sont en groupe : on parle alors d’intelligence collective, comme c’est le cas chez les insectes sociaux.

singe

***

Le test du miroir : confrontés à leur reflet, les singes explorent leur dentition, démontrant ainsi qu’ils comprennent qu’il s’agit d’une image d’eux-mêmes. La conscience de soi n’est donc pas réservée à la seule espèce humaine.

***


C’était mieux avant !

Il y a quelques siècles, l’Homme se croyait créé à l’image de ses dieux sur une Terre, centre de l’univers, à son usage exclusif. Depuis, les unes après les autres, les découvertes scientifiques l’ont fait descendre de son piédestal : sa planète n’est qu’une poussière perdue dans l’immensité du cosmos, son évolution n’est que le fruit du hasard et elle n’est finalement pas plus aboutie que celle du poulpe, seulement différente … Quant au poulpe, il pourrait bien, lui aussi, être une créature intelligente puisque capable de résoudre des problèmes relativement complexe.

Décidément, c’était mieux avant 🙂


BIBLIOGRAPHIE

Granville Allan R., Scientifica : les plus grandes découvertes du monde des sciences, Éditions H. F. Ullmann, 2010, 512 p.

Pierre Marage, Relativité, mécanique quantique et ruptures épistémologiques, conférence donnée à Marseille en 2007 et Les combats de Galilée, publié dans « L’Artichaut », CEPULB, 2009 – Disponibles sur : http://homepages.ulb.ac.be/~pmarage/

Science & Vie junior, Dossier La vie extraterrestre 5 raisons d’y croire, n°228, p. 46-47, 2008

Joseph A. Angelo, Encyclopedia of Space and Astronomy, Infobase Publishing, 2009, p. 193

Patrice Bégnana, «La terre est plate» ou la brève histoire d’une «vérité», disponible sur : http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Patrice/terreplate.htm

http://www.radio-canada.ca/tv/decouverte/revolutions/dossiers/astronomie/intro.html

http://fr.wikipedia.org/; http://www.futura-sciences.com/; http://www.larousse.fr/